Je crois que je vais commencer par m'excuser. Parce que là je m'apprête à me plaindre comme rarement j'ai pu le faire... Je crois vraiment que la musique ne me réussit pas. Et que je vais devenir folle à force de me détruire volontairement. J'exagère... J'aime tant exagérer... Et faire de belles phrases ne m'était pas arrivé depuis si longtemps. Il faut dire qu'à la base je suis une littéraire, pas une traductrice fade et bornée. Cela ne sous-entend pas que faire L.E.A. ne me plaît pas. C'est juste, c'est juste... Que ça me manque. Et ça regroupe les journées interminables de cours à Ile de France, Marie Klein, le trou noir, et quelque chose qui passe avant tout le reste. Et je me demande avec ardeur ce que j'ai fait au bon Dieu pour être une éternelle insatisfaite. Je sais, j'ai tout, absolument tout pour être heureuse (Ou presque, du moins). Aucun obstacle à l'horizon, bien peu d'épreuves à surmonter. Mais alors ? Alors... Alors elle se plaît juste à se noyer dans ces mots qui l'encerclent et qu'elle esquisse sans réfléchir. Et lui, en le perdant, j'ai perdu l'une des rares personnes qui aient pu me libérer de ma torpeur. Les larmes qu'il faisait couler elles étaient jolies, elles étaient naïves, et il les séchait d'un simple regard. Elles étaient différentes de celles qui m'enchaînent à ce torrent qui, depuis le temps, n'a jamais cessé de se déchaîner. Parce que tu t'y es ancré profondément, dans ce pauvre coeur qui n'avait rien demandé. Et le plus inquiétant c'est que cette durée se compte en années. Et pourquoi, pourquoi je m'obstine à faire remonter tout ça à la surface ? Voyons... Les chansons d'il y a un an... Qu'importe, tu les as toutes accompagnées. Pourtant, j'ai été sincère avec lui, jamais je n'ai eu l'impression de lui mentir... N'est-il qu'une simple lueur dans cette obscurité qui t'appartient ? Comme si tu étais devenu une partie de moi, et que lui s'était emparé de l'autre. Mais cette autre partie peut à tout moment redevenir vacante. C'est ce que j'ai réalisé après tout ce temps. Tu sais, ils passent, je me passionne, je pleure, je ris, je deviens folle. Puis tu reviens. Tu reviens toujours... Et moi j'ai peur, parce qu'à 17 ans on ne devrait pas fonctionner comme je le fais. Ou alors... C'est simplement une appréhension. L'appréhension de ne plus avoir personne de qui rêver. Tu sais, je suis amoureuse de l'amour, je n'y peux pas grand chose. Et je suis amoureuse de mon passé aussi. C'est peut-être la raison. Je ne vis que dans le passé, regarder en arrière est la seule chose qui me reste, avec mon incapacité à profiter de l'instant présent. Et toi tu représentes tellement tout ça, toute cette pluie d'étoiles qui est tombée sur moi pendant ces années... Je suis ridicule, je sais. Le pire, c'est que tu n'en sauras jamais rien. Et puis, il m'a quittée, alors je replonge dans cette fascination dévorante, c'est un peu douloureux je dois dire. Puis j'aimerais tellement m'effacer définitivement de ces quelques coeurs fabuleux que je fais souffrir. Je n'ai jamais cherché à vous faire du mal, je vous en prie, dites-moi que ce n'est pas de ma faute. Je sais pas grand chose, je sais plus grand chose. Alors c'est comme ça, va encore s'ouvrir une période d'ennivrement volontaire et masochiste ? Oui, je vais m'envoyer en l'air avec ma musique ensorcelante et mes écrits incompréhensibles. Il faut dire que c'est tellement jouissif. Marinou n'est heureuse que dans son malheur, faites passer le mot. Oui ça doit être pour ça que je tenais tant à cette soirée, quoi de plus intéréssant que de détruire volontairement toute notion d'oubli salvateur ? Peu de choses... A part le bonheur de sentir son corps et sa voix trembler, accablés par le poids de l'adrénaline et de la fièvre qui décident de nous tomber dessus. J'ai dit le bonheur ? Allez comprendre les sentiments humains... Mais moi je suis juste désolée, désolée parce que je fais mal, désolée parce que j'inquiète, désolée parce que je peux pas m'en empêcher... Et une dernière chose, un éventuel mutisme ne sera pas synonyme de manque de confiance.
Mais le pire dans tout ça...
C'est qu'elle avait appris à être heureuse.